Nous avons travaillé sur des danses-fantômes avec notre chorégraphe Rehin et avons commencé à architecturer une danse pour notre Cerisaie. Nous avons fouillé notre acte 3, joué au billard, chanté On nous prend pour des fous de Starmania guidé par Ania, enfilé les collerettes à paillettes de l’équipe costume. Un banc en mosaïque et un autel sont apparus sur le plateau, tandis que les lumières s’affinent et que le son fait résonner des chants d’oiseaux déréalisés. Epikhodov et Douniacha se sont embrassés autour d’un spaghetti, Iacha a chanté Moi si j’étais un homme de Diane Tell à Douniacha, Gaev a déclaré son amour au coffre à jouet de son enfance. Nous avons fait nos premiers pas parmi les grenouilles au pied du grand château de Nexon pour esquisser notre acte 2 en extérieur. Et puis, nous avons fini ce jeudi avec un filage des quatre actes, avec la fidèle équipe du Théâtre de l’Union dans le public, ce qui nous a permis de tester quelques nouveaux tours de magie…

Quelques éléments qui accrochent l’oreille : 

  •  « La vérité est que la liberté fait peur. Si elle est loin, c’est que la servitude est encore bien là et qu’elle est d’abord dans les têtes. Il est trop simple en effet de la figurer seulement à travers la violence des puissants et leurs gendarmes. Elle est d’abord dans l’air que l’on respire et les effets qu’il produit sur les cerveaux.» Jacques Rancière
  • « Qu’on me vende avec la Cerisaie. » Lioubov Andrevna
  • « Jusqu’à se revoir. » Lopakhine
  • « Lors de la fête c’est Trofimov qui tire la dame de pique. La mort pour celui qui ne parle que d’avenir. Et lui qui a lu Pouchkine et n’ignore pas la prémonition de la carte maudite, qu’éprouve-t-il? Aujourd’hui, nous pouvons imaginer Pétia abattu un an plus tard, en 1905, lors du fameux dimanche sanglant qui aurait pu lui apparaître comme une confirmation de ses pronostics… au prix de la fatale dame de pique»Sera-t-il seul ou accompagné par Ania? Mais supposer qu’il participe au mouvement implique déjà une option dramaturgique : Pétia ne se contente pas de parler, il passe à l’acte, fût-ce pour mourir. De la nécessité d’interroger non seulement le passé des personnages, mais aussi leur avenir vu dans la lumière des expériences historiques ! Lui aussi peut éclairer le présent des personnages. Et si, en écrivant La Cerisaie, Tchekhov, comme Godard avec La Chinoise, avait eu l’intuition des événements à venir ? Non pas en cent ans mais vite, tout de suite, l’année d’après. Le génie, c’est aussi cette aptitude à entendre l’esprit du temps. » Georges Banu