Nous avons exploré la pièce complète avec toute l’équipe. Le décor de François, encore en chemin, a commencé à s’installer au plateau avec ses pétales de cerisiers, son bouillonné et son rocher. Julien, à la lumière, commence à travailler sur des bascules entre lumières de service et lumières de fiction, épousant notre piste de l’écriture méta-théâtrale. Le son de Camille et les costumes d’Adélaïde commencent à apparaître et dialoguer… Le travail du hors-champ se déploie peu à peu, au même rythme que des chassés-croisés entre les personnages au plateau. On cherche ensemble un mouvement organique et incandescent, pour explorer ces trajectoires individuelles mais reliées par un même drame : la mort de Grisha. On veut saisir la solastalgie et la vie désirée propre à l’écriture de Tchekhov pour tisser les destinées des personnages. Alors les habitant•e•s de la Cerisaie tentent un flashmob sur Starmania, Charlotta et Ania chantent et jouent du piano, Gaev pleure sur la vente et son billard, Epikhodov s’arrête sur le chant d’un coucou gris, Douniacha court derrière le gradin, Firs fait tomber une pluie de fleurs de cerisiers..

Quelques citations

– « Comme les héros de Tchekhov, nous vivons aujourd’hui un temps de cassure. Les choses sont en train de changer. Nous ne pouvons pas encore saisir distinctement ce qui s’en va. Nous nous représentons mal de qui est en marche, mais en ces minutes fatidiques, nous commençons  à entendre, si net qu’il en devient douloureux, le froissement du temps qui fuit » Lev Dodin

– « Pleure pas petit moujik » Tchekhov

Les références de la semaine

– Qui som, Baro d’Evel

– Drunk, Thomas Vinterberg

– The life of chuck, Mike Flanagan

Un extrait de texte

Ici, ce n’est pas une maison comme les autres. C’est une maison immense et silencieuse. Pour t’y repérer, il faut, comme moi, l’avoir bien pratiqué. Connaître ses portes en bois, le grand escalier aux planches usées où pousse un peu de lierre par endroits, les baies vitrées translucides qui bordent le salon et donnent sur l’allée de cerisiers. C’est une maison pleine de traces et de griffures, qui a gardé, bien malgré elle, l’empreinte du temps. Si tu regardes par cette fenêtre, tu peux voir la chambre des enfants. C’est une chambre à échelle de géants – de la taille du salon des gens comme moi – avec au plafond, un grand ciel peint et étoilé. Dans les placards, soigneusement rangés, il y a des jouets de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Je peux te le dire, ça en jette. Je me souviendrais toute ma vie de la première fois où j’ai pu y entrer. J’avais attendu. C’est un passage non autorisé pour les petites filles comme moi, tant qu’elles n’ont pas pris leur fonction. Je me souviens de ce jour de janvier, de mon cœur qui éclate et de mes mains qui tremblent.

Je suis au tout début de la pièce

Juste avant les premiers mots

Je me tiens là, au bord de la page numéro une

Sur mes pointes, comme au bord d’une falaise

Ça donne un peu le vertige, non ?