Notes dramaturgiques

Ecrit lors de plusieurs séjours à Tunis, La Tablée est une histoire de rencontres entre des êtres, des cultures et des révoltes.
Mathilde est française et veut écrire sur le Printemps Arabe ; elle veut s’engager, trouver un souffle nouveau, rapporter la Révolution dans son coeur et trouver du sens.
A 2 000 kilomètres de Paris, elle se retrouve sur un coin de table, à interroger un groupe d’amis qui ont vraisemblablement participé à l’un des évènements fondateurs de leur jeune démocratie, en faisant tomber, quelques années plus tôt, le dictateur qui régnait sur leur peuple.
Entre incompréhensions consécutives à deux cultures différentes, la Tablée s’engueule, se moque, se réconcilie, pense et réfléchit, refait le monde dans les vapeurs d’alcool et les amitiés qui se construisent ou se consolident. Mais le chaos est au dehors et le danger approche. Il faut cesser de parler et le choix devient crucial :
... sauver sa peau ou agir ensemble, malgré les différences ?

Les révoltes se sont souvent construites dans les cafés, et même si beaucoup n’ont été que prétexte à s’engager autour d’une table, s’achevant souvent au moment de la fermeture lorsque les bouteilles sont vides et les dernières cigarettes écrasées au fond des cendriers, certaines se sont émancipées et ont enflé au-delà des murs du bistrot.
Ici, nous sommes vraisemblablement en Tunisie, seul pays d’Afrique du Nord à avoir, selon un des personnages, « renversé la dictature [tandis que] les autres pays se démènent entre domination occidentale et percées jihadistes. »
Comme les petits ruisseaux qui font les grandes rivières, chacun des personnages a sa place autour de la table et dans le récit.

Il y a Rim, qui a la colère rivée au ventre, Amine l’écorché qui se raccroche à ses idéaux comme à une bouée de sauvetage, Maamoun, le sage reptilien
qui renierait ses convictions pour une bouteille de boukha, Mathilde qui voudrait bien tout comprendre et tout apprendre mais qui est tiraillée entre deux cultures, Wajdi le prosaïque qui se bat pour ses idées et pour ses amants, Houssem le réactionnaire dont la plus grande erreur selon lui, est celle d’être « mal né », et l’Européen, dont la seule présence insuffle la discorde.

La Tablée, c’est l’histoire d’un groupe humain trop humain, dont les travers sont dangereux dans le conflit mais essentiels dans la ré/union, comme chaque pierre à la construction d’un édifice. À l’heure où la perte du lien social, du « groupe » uni et soudé autour d’un but commun tend à disparaître dans les sociétés occidentales où le règne du « diviser pour mieux régner » (symbole porté par la figure de L’Européen dans le texte) s’est désormais imposé et que les bombes de la discorde frappent au dehors, il est plus que jamais urgent de s’asseoir autour d’une table et de repenser le monde ensemble.