Note sur le texte

Adam et Ève : un problème de communication.

Deux points de vue différents et divergents, Adam et Ève semblent faits pour ne jamais se comprendre. Lui est pragmatique tandis qu’elle n’est qu’affection, il est résigné, elle
est progressiste, autocentré alors qu’Ève ne peut se contenter d’elle même. Mais tous deux sont curieux et explorateurs : lui d’un point de vue géographique, elle plutôt anthropologique. Deux parcours parallèles destinés à ne pas se rencontrer. D’ailleurs le journal d’Ève ne fut écrit que dans un second temps, comme un droit de réponse à celui d’Adam. Dialoguent-ils vraiment ?

Comment communiquer quand les choses sont vues différemment,
quand le vocabulaire qu’on attribue est nécessairement clivant : s’accorder sur le nom des choses c’est aussi admettre de limiter la nature et la fonction qu’elles ont,
et c’est marquer son territoire, faire possession. Le langage serait-il la première barrière, le premier motif de discorde entre les sexes ?

Si le langage est inné, il est aussi à inventer, à conquérir : il est un objet d’autonomie. Des mots restent à trouver qui déterminent des concepts (émotions, perceptions, relations entre les choses et les êtres) plutôt que de simples qualifications sur la nature ou la fonction. Quand Adam ou Ève se rendent compte de la forte impression que produisent les mots sur eux-mêmes et sur l’autre, ils en tirent beaucoup de fierté.

L’humour explose à ce moment précis, aussi parce que leur naïveté est décuplée :
ce qu’ils découvrent pour la première fois, choses, noms et expériences, nous le savons déjà depuis longtemps. Le spectateur assiste à un jubilé de premier degré et de tentatives de complexification, de distanciation, et donc d’humour. La créature ainsi complétée par un vocabulaire étudié, qui après avoir compris les choses, après les avoir nommées, devient parfaitement autonome. Au moment où elle commence à s’en amuser, elle est créatrice de concepts à son tour.

Puis en admettant que tous deux savent écrire et raconter leur propre histoire, ils n’ont plus besoin de Twain, ils sont historiens et auteurs à leur tour.
Quand vient Caïn, qu’Adam prend tour à tour pour un poisson, un kangourou, un ours, nos deux créatures ne créent plus seulement du langage mais également d’autres humains : les voilà Dieu et Twain, les propres artisans de leur vie et de leur récit.