Note d'intention de Guy Régis Junior

Ce texte est le deuxième de la «Trilogie des Dépeuplés»* dans lequel je tente une radiographie de ces familles haïtiennes qui ne jurent que par leur départ du pays pour des destinations multiples : Etats-Unis, Canada, Guadeloupe, Guyane, Chili, etc.
*Dépeuplé : qui a perdu ses habitants. Ville dépeuplée. Pays dépeuplé.

DEPEUPLEMENT UN : LE PERE. Une famille se réunit pour la veillée de celui qu’on appelait Le père, parti aux Etats-Unis voilà des années. Les proches parents démêlent les ficelles de leur réalité, créant des situations parfois drôles, parfois grinçantes, devant ce corps qui leur revient inerte des Etats-Unis.

DEPEUPLEMENT DEUX : L’AMOUR TELLE UNE CATHEDRALE ENSEVLIE (LE FILS). Le plus jeune des fils exauce le voeu de sa mère. Il arrive par le réseau internet à lui trouver un mari canadien. Quand elle apprend la mort violente de ce fils qui cherchait à la rejoindre, le quotidien du couple vole en éclat.

DEPEUPLEMENT TROIS : ET SI A LA MORT DE NOTRE MERE (LA MERE). Des années plus tard, La Mère décide de rentrer au pays. Elle revient, mourante. A son chevet, le fils mal aimé, l’aîné, le grand-frère, de ses enfants l’unique à présent, sur qui tout repose. Celui qui toujours se refusa à son aura, à ses soins, à sa sollicitude, qu’elle n’estime pas. Même malade elle n’interrompt pas son inimitié envers lui. Pourtant, ce dernier, obéissant à une indescriptible loi familiale, ne rechigne pas à être auprès d’elle, à s’y vouer corps et âme.

J’ai tellement vu de ces gens, pères et mères désespérés, fils et filles désœuvrés, ces derniers allant jusqu’à cesser toutes leurs activités, laissant même les bancs de l’école, pour apprendre l’anglais, s’acharner à être plus prêts, plus proches de leur seul rêve escompté, de cette réalité future. Primant une cessation de vie pour celle neuve à laquelle ils se préparent. Tout au long de ma vie, et aujourd’hui encore, j’en ai vu passer une vraie flopée. Et c’est cela que je voudrais arriver à mettre en écrit. Des gens qui arrêtent leur vie. Dans l’espoir de revivre, ailleurs.

Moi aussi je viens d’une de ces familles-là, mon père est parti vivre aux Etats-Unis depuis plus de vingt ans, et il est depuis, devenu citoyen amé- ricain ... D’une certaine façon, je suis un miraculé, ayant échappé à cette fausse espérance. Je l’ai vu partir, j’avais douze ans. Quand je l’ai revu j’en avais trente. Et pendant toutes ces années, parce qu’on n’avait jamais eu aucune nouvelle de lui, j’ai souvent pensé qu’il était mort et que ma mère nous le cachait.

C’est la raison pour laquelle dans la première histoire qui ouvre le chapitre de cette longue traversée, le père meurt. Il revient dans son cercueil. Tout à coup, celui sur qui tout espoir reposait, s’efface. Et tout cela : l’espérance de vivre mieux dans un ailleurs jusque-là inconnu, se voit subitement estomper. La deuxième pièce, LE FILS, aussi nommée L’AMOUR TELLE UNE CATHEDRALE ENSEVELIE, je l’ai finie bien des années plus tard. Et cette fois, au lieu des parents, ce sont les enfants dont on envoie chercher la vie.