Karelle Prugnaud > Note d'intention

"Vivre ensemble, c'est tenter d'inventer un avenir commun avec des rêves si différents qu'ils vont parfois se blesser." Jacques Salomé

Le vivre ensemble est le fondement de la vie sociale, c’est la condition de la cohésion d’une société. « Vivre ensemble », en tant qu’élément de la « protection des droits et libertés d’autrui ». On retrouve fort souvent cette notion comme une référence de la pensée politique.
On se réfère souvent à la formule de Renan selon qui une nation est « le désir de vivre ensemble ». La condition de la cohésion et de la prospérité d’une communauté est qu’il existe un être commun et, plus encore, un faire commun. En effet, une nation ne se définit pas seulement par la citoyenneté ou l’occupation d’un même territoire, mais aussi par la prise de conscience commune d’un destin partagé et d’une identité propre. Depuis Aristote, prévaut la conviction qu’il existe « quelque chose, de commun et d’identique pour les membres de la communauté. » Les citoyens ont quelque chose d’essentiel en commun, un bien commun qui donne du sens au corps social. Quel est désormais notre bien commun ? La question est d’importance puisqu’une société qui perd le sens du bien commun est une société condamnée.

Beaucoup de nos contemporains sont tentés, hélas, de se retrancher dans l’individualisme ; les moyens de communiquer et d'être ensemble que nous offrent les nouvelles technologies, les réseaux sociaux, enferment chaque individu dans le leurre du règne de son propre royaume. Depuis quelques décennies, on parle "du vivre ensemble", dont on a fait un nom commun, une entité assez mal définie me semble-t-il. A moins qu'il ne s'agisse d'une injonction morale, encore moins précise hélas !

Alors, qu’est-ce donc que le "vivre-ensemble" ? Est-ce vivre ensemble, les uns à côté des autres ? Ou est-ce plus que ça ? Mais alors quoi ?

C'est à ce moment-là que nous intervenons !

"Le désert du vivre ensemble" c'est une rencontre transversale et cohérente entre plusieurs artistes qui vont, à travers leurs rêves communs, faire naître le poème. C'est un voyage à travers les genres et les disciplines. Grâce à l'écriture d'Ingrid Astier, la musique de JB et Cédric Hanak, la vidéo de Tarik Noui et l'interprétation de Pierre Richard et de Jean Lambert-wild, nous allons partir à la conquête de notre imaginaire collectif, écrire ce poème au langage multiple que sera "Le désert du vivre ensemble".

Le clown sera notre médiateur

Dieu créa le monde et, le septième jour, il se reposa... Il éprouva la nécessité d'une présence pour tromper son ennui ; alors il créa le diable, son double parodique et, dans un immense éclat de rire, ce dernier conçut le clown.
Pierre Richard, (acteur qui incarne l'histoire du cinéma burlesque et populaire auprès de Jean Carmet, Gérard Depardieu, Jean-Pierre Marielle, Michel Bouquet...) et Jean Lambert-wild (qui développe, expérimente et vit avec son clown « Grand Blanc» en pyjama rayé blanc et bleu ,depuis plus de vingt ans), incarneront l'inconditionnel duo de l'Auguste et du Clown blanc (le clown populaire et l'aristocrate ), miroir de la représentation comique du dérangement comportemental sociétal.

Le clown aborde des thèmes universels afin que les gens se reconnaissent et se rassurent de voir quelqu’un de pire qu’eux. Le clown vise à faire rire, pleurer, pleurer de rire et éventuellement provoquer un changement social. A travers le rire, l'art du ridicule, tout est possible, on peut tout dire. Le clown, le bouffon, le fou du roi, l’arlequin, le trublion, permet de valoriser l’excès, la faille, la différence et les grains de folie qui font l'humanité de chacun. Le clown, sur scène, ne présente pas une performance, il élargit simplement le domaine du possible, il tord le réel. Il n’expose pas un art, il n’expose rien d’ailleurs. Mais il rappelle aux hommes ce qu’ils sont aussi, au-delà de leur existence adaptée aux réalités. L’acteur qui donne vie au Clown n’est donc pas un artiste, c’est un poète.

Les Sonnets d'Ingrid Astier seront dits, parlés, chantés, déclamés, fredonnés, chuchotés, balbutiés, dansés, en surfant sur la musique live de JB Hanak. La vidéo de Tarik Noui ne sera pas une illustration didactique de l'écriture d'Ingrid Astier mais un écho poétique, fait d’images, de rêves, de tableaux transposés du réel. Un exercice de style, un spectacle de genre ouvert et offert à qui veut rêver, à qui veut rire ensemble de notre vivre ensemble.