Ingrid Astier > Non seulement...

Le vivre-ensemble. Deux mots qui semblent accolés.

Un mariage arrangé. L’expression douteuse d’une volonté faite pour parader et se draper dans du linge sans étoffe. Le reflet ambigu de notre époque, avide de bavardage, plus que de partage.

Résister ? Un homme, Diogène moderne, prône la nudité de la pensée. Une façon d’avancer sans fard, de cesser de se retrancher derrière bonne conscience et bienséance. Son ennemi ? L’individualisme forcené. Il pense qu’il reste en l’humanité suffisamment d’étincelles à secouer avant qu’elle ne verse entièrement dans la virtualité.

Octogénaire, il tient du sage comme du trublion. Il n’a plus rien à perdre ni à prouver. Il est né pour éclairer. Son nom est Oscar. Le contraire d’un César.

Avec lui, tout y passe. Les selfies et leur côté Narcisse moderne. La publicité et son chant des sirènes. Les beaux discours qu’il crève comme des ballons de fête foraine. L’ère des pseudonymes qui fait de chacun un corbeau, en toute impunité... À mi-chemin entre le clown et le philosophe, sans relâche, il gratte le vernis. Il débusque le mensonge, renifle l’hypocrisie, lève les faux- semblants, se rebelle comme s’il était un adolescent.

Il nous harangue, nous perturbe, nous réveille, il nous fait rire. Il nous réconcilie aussi, avec part d’ombre et tentation poétique. Car au terme « citoyen », Oscar a toujours préféré le mot « humain ».

Il a troqué sa lanterne contre des fragments poétiques du quotidien qui nous rappellent un chant profond, un chant lointain. Celui d’une innocence perdue, d’un enthousiasme tapi. Une petite musique qui, non sans semer la tempête, remet du soleil dans nos ténèbres.

Loin du vivre-ensemble, Oscar encense le crépitement de la vie. Une déflagration comme un flamboiement.
Un feu de joie dans la nuit.

Mais encore...

Même les héros ont le droit d’être fatigués. Combattre, c’est s’exposer au syndrome de Don Quichotte. Un soir de lassitude, Oscar parle à son miroir. Depuis l’enfance, il est rompu à ce monologue. Un refuge, un souterrain. Une provocation parfois, un duel certain. Une façon de parler à son ombre comme aux fantômes du passé... et aux femmes qu’il a aimées.

Ce soir d’automne, la lune est pleine comme ses pensées. Des mains sortent de la surface argentée. Ce n’est pourtant pas lui qu’Oscar voit dans son reflet. Mais un homme qui s’extraie péniblement du miroir comme d’une gangue. Le miroir finit brisé.

Cet homme, c’est Tonino.

Tonino vient pour redonner du sang neuf à Oscar.

Tour à tour ou en duo, ils vont se mêler aux conversations du quotidien, se glisser dans les saynètes de la vie de tous les jours pour en révéler les vices cachés, l’absurdité ou la beauté.

Sans relâche, ils vont questionner nos assises. Mais encore, nos petits arrangements avec la vérité, et notre sale manie d’être désabusés.

Ensemble, ils vont nous réapprendre à dialoguer.
Non sans, il est vrai, s’engueuler.
Vivre, se découvrir, se rencontrer, s’explorer, se respecter, autant de seuils qui font passer l’être humain de la nature à la culture. Des seuils qui s’accommodent mal des préceptes et des diktats. Vivre-ensemble, cette trouvaille qui sent la supercherie, est-ce une bannière, un slogan ?

Tour à tour train fantôme ou farandole enjouée, les saynètes s’enchaînent, les sonnets viennent nous hanter. Ils ont la beauté du crépuscule. Ils tirent aussi la sonnette d’alarme. Tout autant voix intérieure que chœur antique, voix de la raison que chant de la passion, ils montrent l’urgence de se retrouver.

 

 

Pourquoi inclure des sonnets ?

Parce que la poésie est, aujourd’hui, la forme la plus impertinente de la pensée.

Une parole vive qui sait tout réveiller. À ceux qui la réduisent à la pure contemplation, Oscar et Tonino s’ingénient à montrer qu’elle est pleinement action. Une façon d’habiter les mots, contre la désertion de l’opinion ou la falsification.

Nos deux clowns-philosophes ne veulent pas quitter le monde sans avoir tenté, une dernière fois, de l’éveiller. Pari fou ? Utopie ? Au spectateur d’en juger.

Écrire...

« Écrire n’est pas une opportunité. Écrire est une nécessité.
C’est, sans cesse, se dénuder.
Tel un fil électrique, habitué aux basses et aux hautes tensions, car ce qui compte, au bout de la ligne, est la conduction. »