| Scanner. Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu |
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(hurlements en faveur de Guy Debord)
avec Sophie Affholder, Jean-Claude Bonnifait, Diane Calma, Roger Cornillac
INTERVIEW DAVID AYALA > Propos recueillis par Gabor Rassov
David Ayala est pour moi un des meilleurs comédiens de sa génération. Il a ce don rare de pouvoir aborder la tragédie et la comédie avec le même bonheur. C’ est aussi un metteur en scène passionnant. Il présente son dernier spectacle Scanner, créé à partir des écrits et des films de Guy Debord au mois de mai au Théâtre de l’Union. C’est sa dixième mise en scène.
Gabor Rassov : Tu as été à l’origine de Toto le Mômo d’après Artaud que nous avions vu il y a deux saisons au CDN…. David Ayala : Oui, c’est le premier spectacle que j’ai initié. J’avais écrit l’adaptation et je l’ai proposée aux deux metteurs en scène avec qui j’ai ensuite travaillé. J’ai aussi monté des spectacles autour de Michaux, Jarry, Shakespeare et Edward Bond (Armatimon-Furie des Nantis). J’ai été l’assistant d’Edward Bond, ça a été pour moi une rencontre cruciale. Je suis souvent parti de textes non théâtraux, des textes critiques où se mêlent politique et poésie. Pour Scanner, le déclencheur a été la télévision. Je l’ai trop regardé, en tournée notamment, et je suis véritablement devenu téléphage. Je me suis senti « envahi » et je me suis demandé pourquoi personne ne parlait de ce phénomène. C’est comme ça que j’en suis arrivé à relire ce qui est la grande référence en matière de critique du monde médiatique, l’œuvre de Guy Debord.
Gabor Rassov : Mais comment faire un spectacle qui dénonce la société du spectacle ? David Ayala : J’ai eu d’abord beaucoup de difficultés à obtenir les droits. C’est la première fois qu’Alice Debord, l’épouse de Guy Debord, les a donnés. Au début, elle était très méfiante, j’ai discuté pendant plus d’un an avec elle. L’idée de Scanner, c’est de parler de notre société envahie par les images et le spectacle, définie par le mélange complet du politique, du médiatique et de l’économique. Oui, de passer notre société sous le crible de la parole de Debord.
Gabor Rassov : À partir de quels textes as-tu travaillé ? David Ayala : De plusieurs textes issus du scénario de La société du spectacle, ainsi que de Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu et Commentaires sur la société du spectacle. Il faut savoir que si Debord est un théoricien, c’est aussi un grand styliste de la langue. Je me suis aussi servi de films qu’il avait fait dans le but de rendre ses livres plus accessibles. On projette deux de ses courts-métrages : Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps et Critique de la séparation. Il y a aussi un montage d’images issues de la télévision, et des images tournées dans la rue, dans des magasins, des aéroports, car le décor de La société du spectacle, c’est le monde dans lequel on vit.
Gabor Rassov : Peut-on parler de création collective ? David Ayala : Non, ce n’est pas à proprement parler une création collective, mais les acteurs en sont les co-créateurs. Je leur ai demandé d’apporter soit des écrits, soit des photos, soit des films inspirés par l’œuvre de Debord.
Gabor Rassov : Qu’est-ce qui guide tes choix comme metteur en scène ? David Ayala :Je suis un metteur en scène un peu atypique car je ne fais en moyenne qu’un spectacle tous les quatre ans, aussi il s’agit souvent d’un coup de cœur que j’ai pour un texte. Je cherche des « matériaux » à porter à la scène. Ça part souvent d’une colère contre quelque chose.
Gabor Rassov : Tu as créé ce spectacle en plusieurs temps… David Ayala : Oui, j’ai d’abord réuni des comédiens mais aussi des réalisateurs, des philosophes et nous avons lu ensemble Debord. Pendant plus d’un mois, nous nous sommes interrogés mutuellement sur notre perception de son œuvre. Puis j’ai formé un groupe de sept acteurs à qui j’ai demandé une implication personnelle très forte. Une personne est intervenue pour le montage de la partie filmée et également un créateur sonore qui a une grande importance dans le spectacle. D’emblée, j’ai senti que le projet était viable car tous avaient une immense envie d’en « découdre » avec les textes de Debord. Un moment, nous nous sommes trouvés avec neuf heures de spectacle, il a fallu choisir, créer une dramaturgie….Mais surtout pas question d’être ni péremptoire, ni moralisateur ou arrogant. J’ai voulu que nous fassions plutôt appel à l’humour, à la dérision, à la folie. Nous l’avons créé l’an dernier à Montpellier après un an et demi de répétitions puis repris à la Maison de la Poésie à Paris. Il sera au TGP de Saint-Denis puis en tournée à partir du mois d’avril.
Gabor Rassov : Comment est construit Scanner ? David Ayala : Ce spectacle se compose de quatre parties, avec une déambulation. La première, c’est La vie des gens, constituée à partir d’improvisations faites avec les acteurs. La seconde Concerts, slogans, plaisirs, micro histoires, où il y a des faux concerts, des faux plateaux télé, des canulars. 280 objets de marchandises envahissent le plateau. Il s’agit d’une pseudo apologie du spectacle. Puis le Musée avec des guides qui commentent des œuvres d’art, et enfin tout le monde revient dans la salle pour L’envoûtement, une sorte de courte pièce traitée sur le mode de la tragédie que nous avons appelée « théâtre de sang ».
Gabor Rassov : Est-ce le spectacle auquel tu t’attendais ? David Ayala : C’est une vision de notre société. J’étais curieux de découvrir comment résonneraient les écrits de Debord. J’ai l’impression que ce qu’il décrivait dans les années soixante-dix s’est décuplé. Les gens m’ont souvent dit qu’ils avaient eu l’impression de voir un « O.V.N.I. », avec cinquante entrées différentes, et que c’est en cela que le spectacle était très accessible. Production Compagnie La Nuit Remue (Montpellier) / Sélectron libre (Paris) En coproduction avec ARCADI (Action Régionale pour la Création Artistique et la Diffusion en Île-de-France) / Le Théâtre du Hangar (Cie Jacques Bioulès) Centre d’art et de recherche (Montpellier) / Le Théâtre de L’Union, Centre Dramatique National du Limousin / Le Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E / Avec l’aide à la création du Centre National du Théâtre / Avec le soutien de la DRAC Languedoc-Roussillon - ministère de la Culture et de la Communication, de la Ville de Montpellier, de la Communauté d’Agglomération de Montpellier, de l’Adami, du Théâtre Gérard Philipe, Centre Dramatique National de Saint-Denis, de la Cie Théâtre À toi pour toujours. Avec l’aide logistique de la Cie Vertical Détour (Les Anciennes Cuisines / hôpital de Ville-Evrard). Le projet bénéficie du dispositif d’aide à la coproduction de la région Limousin. |
