<< Jul 2010 >>
MTWTFSS
1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031
Ivanov

4 et 5 mai / Théâtre de l’Union
mardi 4 mai (20h30), mercredi 5 mai (20h30) 
Durée 2h15

d’Anton Tchekhov > mise en scène Philippe Adrien

Philippe Adrien monte un des chefs-d’oeuvre d’Anton Tchekhov, Ivanov, dans une nouvelle traduction forte et limpide. L’histoire d’un idéaliste confronté à la perte de ses illusions.

avec Matthieu Marie, Florence Janas, Wolfgang Kleinertz, Etienne Bierry, Lisa Wurmser, Alexandrine Serre, Olivier Constant, Jana Bittnerova, Julien Villa, Thomas Derichebourg, Vladimir Ant et la participation d’Émilie Lechevalier.

Sa mise en scène, sombre et gaie à la fois, respecte la double identité tragi-comique de la pièce sans la tirer abusivement vers un genre ou l’autre. Rongé par la culpabilité, seul pour affronter son mal-être, Ivanov ne cesse de se torturer : que faire de lui-même ? Et pourtant on rit en assistant à cette sarabande, à la fois portrait psychologique d’un
être complexe et photographie d’une société en pleine mutation. Notons l’époustouflante composition d’Etienne Bierry dans le rôle de Lebedev, mari alcoolique et soumis à sa femme.

> Directeur depuis 1996 du Théâtre de la Tempête, Philippe Adrien a présenté au Théâtre de l’Union L’ivrogne dans la brousse d’Amos Tutuola en 2003, Le Procès de Kafka en 2005 et Don Quichotte de Cervantes en 2009.

Production ARRT/Philippe Adrien - Compagnie subventionnée par le Ministère de la Culture et de la communication / la Ville de Paris, avec la participation artistique du Jeune Théâtre National et le soutien de l’Adami. Spectacle créé en coréalisation avec le Théâtre de la Tempête.


Lettre à Souvorine,

Anton Tchekhov,
décembre 1888 (passim)

J’avais l’impression que tous les hommes de lettres et dramaturges avaient ressenti la nécessité de dépeindre un être mélancolique et qu’ils avaient tous écrit instinctivement, sans avoir de point de vue. Avec mon projet Ivanov, j’ai tapé à peu près dans le mille.
Ivanov est un noble, un universitaire qui n’a rien de remarquable; c’est une nature émotive, ardente, qui se laisse facilement emporter par ses passions, honnête et droite comme la plupart des nobles cultivés. Il a vécu dans sa propriété et a siégé à l’assemblée territoriale. Cet homme se jette dans le feu de l’action ; les bancs de l’école à peine quittés, il prend sur ses épaules un fardeau trop lourd pour lui, se consacre aux écoles, aux paysans, à l’exploitation rationnelle, fait des discours, écrit au ministre, combat le mal, applaudit le bien, aime, non pas simplement et n’importe comment, mais toujours, ou des bas-bleus, ou des psychopathes, ou des juives, ou même des prostituées qu’il sauve…
À trente, trente-cinq ans, il commence à éprouver lassitude et ennui: «Si on me regarde de l’extérieur, c’est sûrement terrible, je ne comprends pas moi-même ce qui se passe en moi…» Lorsqu’ils se retrouvent dans une telle situation,
les gens étroits d’esprit et malhonnêtes en rejettent en général toute la faute sur le milieu, ou bien ils s’installent dans le groupe des « hommes en trop », des « Hamlet », et se contentent de cela. Ivanov, lui, parle d’une faute qu’il aurait commise, et le sentiment de culpabilité croît en lui à chaque nouveau choc : « Jour et nuit ma conscience me torture, je sens que je suis profondément coupable, mais en quoi consiste exactement ma faute, je ne le comprends pas… »
À l’épuisement, à l’ennui et au sentiment de culpabilité, ajoutez encore un ennemi. C’est la solitude. Personne n’a rien à faire de ce qu’il ressent et du changement qui s’opère en lui. Il est seul. De longs hivers, de longues soirées, un jardin désert, des pièces désertes, un comte bougon, une femme malade… nulle part où aller. C’est pourquoi à chaque minute le torture la question: que faire de soi?
Des gens comme Ivanov ne résolvent pas les problèmes, mais ploient sous leur poids. La déception, l’apathie, la fragilité nerveuse et la fatigue sont la conséquence inévitable d’une trop grande exaltation, or cette exaltation est le
propre de notre jeunesse.
Passons au docteur Lvov. C’est le type même de l’homme honnête, droit, ardent, mais étroit d’esprit. Il regarde chaque événement, chaque personne à travers un cadre étroit et juge de façon préconçue. Ivanov et Lvov se présentent à
mon imagination comme des hommes vivants. Je vous le dis en mon âme et conscience, sincèrement, ces hommes ne sont pas nés dans ma tête de l’écume de la mer, d’idées préconçues, d’ « intellectualisme», par hasard. Ils sont le résultat de l’observation et de l’étude de la vie. Si le public sort du théâtre avec la conviction que les Ivanov sont des salauds et les docteurs Lvov de grands hommes, alors il me faudra prendre ma retraite et envoyer ma plume au diable.


Tout ce que Tchekhov a voulu dire sur le théâtre
traduction Catherine Hoden, l’Arche Éditeur, 2007