| Le Grand Projet |
|
22 & 23 janvier / Théâtre de l’Unionécrit et mis en scène par Maria Clara FerrerCinq filles se réunissent et se demandent avec humour et sincérité pourquoi elles font du théâtre, quel est leur Grand Projet ?
avec Maloue Fourdrinier, Isabelle Jonniaux, Claire Lapeyre-Mazérat, Johanna Avec comme matière brute leurs rêves, leurs questionnements, avec des Production PlayGround Compagnie / Théâtre du Cloître, Scène conventionnée de Bellac / Scène
INTERVIEW MARIA-CLARA FERRER > Propos recueillis par Gabor Rassov Cinq jours avant la première du Grand Projet à Bellac, je rencontre l’auteur et metteur en scène Maria-Clara Ferrer. C’est l’occasion d’une conversation à bâton rompu avec cette jeune femme d’origine brésilienne qui parle avec passion et flamme de son spectacle et de la façon originale dont il a été conçu. Ce Grand Projet est porté notamment par ses cinq actrices dont trois, Maloue Fourdrinier, Claire Lapeyre-Mazerat et Marion Verstraeten sont issues de l’Académie théâtrale de l’Union. Quand j’arrive, Maria-Clara effectue des réglages en donnant des notes au vidéaste, Raphaël Dupleix, suite au filage de la veille… Maria-Clara : Il y a des projections au cœur du spectacle, constituées notamment d’interviews. À l’occasion des différentes résidences que nous avons faites, nous avons demandé aux gens quels étaient leurs projets, leur rapport au monde du travail. Leurs réponses font écho bien sûr à ce qui se passe sur le plateau. Nous ne cherchons pas à faire passer un message ou à prouver quoi que ce soit, c’est une réflexion à plusieurs voix. Un jour au Théâtre de l’Union par exemple, des lycéens faisaient une visite du théâtre. On en a profité pour installer un mini studio de tournage dans une loge et l’on a interrogé ceux qui le voulaient bien. J’ai constaté d’évidence que les lycéens de la Haute-Vienne et ceux de Paris ne donnaient pas du tout les mêmes réponses. Les jeunes à Limoges semblent déjà très ancrés dans la réalité, ont conscience des contraintes de la vie, on sent qu’on leur a répété qu’il ne fallait pas rêver. C’est comme un travail anthropologique sur le rapport au temps… Nous passons maintenant devant les portants où des dizaines de costumes se présentent en rangs serrés. Maria-Clara m’explique que le spectacle est constitué de plusieurs tableaux. Maria-Clara : J’adore les changements de costumes. Il y en a beaucoup dans le spectacle qui racontent la traversée de la vie. On commence par l’enfance. Les actrices portent des pulls en laine et sont jambes nues, cela illustre la fragilité en couleur de l’enfance. Puis on passe à la préadolescence, le tableau s’appelle « Vocation ». On raconte le moment qui a fait qu’elles ont décidé de se projeter dans une carrière artistique. Elles portent alors des robes avec des aplats de couleur et des baskets, c’est l’âge où l’on mélange tout. Après vient notre scène culte : « La fête des héros ». Je l’ai conçue en référence à la scène de fête dans Pierrot le fou de Godard qui raconte une fête bourgeoise où l’on fait semblant de s’amuser. Des gens se racontent leur projet, ont une opinion sur tout mais en fait ils ne s’écoutent pas les uns les autres et du coup il ne se passe rien. J’ai écrit à partir d’improvisations pures et dures faites par les actrices à qui j’avais donné un canevas et des contraintes de vocabulaire. Pour la fête par exemple, elles devaient utiliser les mots : « projet, ambition, carrière, précarité. ». Il s’agit de mettre en évidence des rapports de force. Il y a celle qui maîtrise et qui sait tout sur tout, on l’a déguisé en Marie-Antoinette. À ses côtés, il y a la pauvre artiste qui galère et qui prend les traits de Blanche-Neige, et la blonde qui ne comprend rien (Marilyn Monroe), et celle qui trouve tout génial, tout le monde trop chou (habillée en Barbapapa !!). Puis c’est le retour à la réalité. Après le temps du rêve, la dure confrontation avec le réel. C’est la scène de la grande surface. Chaque tableau met particulièrement en valeur une comédienne. Et tous ont donné lieu à des improvisations préalables lors de nos différentes résidences. Moi je fonctionne par image, je note les images. Il s’agit vraiment d’une écriture scénique, d’un aller-retour entre le plateau et l’écriture. Peu à peu on a tissé ensemble tous les éléments. Oui, je trouve que « Tissage » est le mot juste. Il ne s’agit pas d’une dramaturgie linéaire mais constituée de fragments liés par différentes traces. La ligne de lecture fonctionne comme un puzzle. Par son écoute, le spectateur découvre ces traces qui se font écho d’un tableau à l’autre.
Nous croisons Arnaud Lapeyre-Mazerat. Maria-Clara le désigne comme « responsable esthétique » du projet. Il a réalisé la scénographie et les costumes. L’écran, qui est un rideau de fils, descend des cintres. Maria-Clara : Nos deux mots clé pour la scénographie étaient « Verticalité », beaucoup de choses viennent des cintres, et « Légèreté », il y a des confettis, du vent. Nous avons choisi un rideau de fils plutôt qu’un écran plein pour les projections car il permet de créer un espace derrière. Il ne coupe pas la scène. On investit tout le plateau. Il n’y a pas d’entrée et de sortie mais des endroits plus ou moins visibles. Certains changements se font franchement à vue, d’autres dans une semi- obscurité. L’idée de la scénographie, c’est de créer un « square dadaïste » qui au départ est constitué de modules fragmentés et qui au cours du spectacle se construit. On part de formes abstraites qui ont chacune un potentiel de jeu car rien n’est là pour décorer. Puis petit à petit, les modules s’assemblent comme cela a été le cas pour le spectacle. Maria-Clara revient à la continuité du spectacle. Maria-Clara : Après la grande surface, c’est le temps du vieillissement, les projets deviennent projections. Les comédiennes se projettent dans un futur qu’elles inventent. On revient à un monde onirique comme au tout début du spectacle. Du rêve, on est passé au projet puis à l’obsession du projet, puis à la projection et pour finir on revient au rêve. J’échange encore quelques mots avec Maloue, Claire, Marion, Isabelle et Johanna qui me confient leurs peurs et leur fierté de participer à cette grande création collective dirigée avec sensibilité et inspiration par Maria-Clara. On sent qu’elles y ont toutes donné beaucoup d’elles-mêmes avec l’espoir de rencontrer en nous un puissant écho.
Le Grand Projet en Limousin lundi 8 décembre (20h30) / Scène Nationale d’Aubusson - Théâtre Jean Lurçat
|
