Mettre en scène

Ici pas d’unité de temps. Le texte, fait de vide de temps et conséquemment de vide d’actions verbalisées, laisse imaginer une représentation où le silence, le mouvement et l’immobilité, auront une place dramaturgique. Il deviendra possible, pour construire des passerelles entre les actions, entre les temps, de recréer des moments de vie sourde, faits de regards et de danse. Un espace libre pour le jeu silencieux et l’image. Le travail avec un chorégraphe est envisagé. Ici pas d’unité de lieu. Les lieux se bousculent : les scènes souvent très ramassées, comme compressées, ressemblent plus à des instantanés autonomes, des polaroïds. Les lieux se chevauchent : sur un seul temps et en plusieurs lieux, plusieurs actions. L’espace sera vide et divisé en plusieurs espaces vides eux aussi, dans lesquels se dérouleront les différentes actions parfois simultanément. On réfléchira aussi à une représentation verticale de certaines actions. Les hauts murs offrent toujours la chance de pouvoir en tomber. Il y aura une chambre, une rivière, un réfectoire de garnison (tout partira peut-être de là), un salon, une prison, une rue, un théâtre... Lenz profite de son texte pour discourir sur le théâtre : retranchés dans leur caserne, les soldats s’échauffent et se battent pour le théâtre ; Marie découvre au théâtre le plaisir, il devient le lieu de son émancipation sexuelle. Lenz laissera entendre que, comme la maison close, il est un bien d’utilité public. Marie est transformée en prostituée par les soldats. En elle se mêlent le sexe et l’argent. Marie devient d’utilité publique, Marie est comme le théâtre, Marie devient un personnage de théâtre. La chance offerte est trop belle : pouvoir transformer un personnage en personnage de théâtre et sur la scène ! Rêve de représentation de théâtre dans le théâtre. Rêve qui se réalisera scénographiquement par la présence d’une scène sur la scène. Dans Les Soldats deux mondes se font face, le monde des hommes et celui des femmes. Femme enfant, fille et maîtresse. Homme soldat, amant et parent. La fille aux mains du père, la fille aux mains de l’amant. Le monde des civils (dont le point d’attraction est la femme) et celui des militaires (composé exclusivement d’hommes). Les costumes diront sans doute ce frottement. Un monde d’hommes, d’habits de combat contemporain mais sans indication véritablement de temps, ni de pays, des costumes de guerre. Un monde archaïque de femme, de robes du XVIIIème siècle, longues, couvrantes en public, ouvertes et à l’érotisme sadien dans l’intimité. Violence des corps emmaillotés.